jeudi 5 mai 2011

absinthe. page 172. Monsieur Malaussène

Elle alla chercher deux verres, et le rhum, et le citron, et la glace, et l'absinthe, et le papier à cigarettes, et le dodu carré de shit, son "p'tit bout de chocolat".
Sorti tout fumant de la douche, Titus déclara :
-
Il faut jeter ça.
Il désignait les vêtements sanglants, morts en tas sur le parquet.
-
Tout de suite, et on va faire dans le soyeux, tu veux ?
Elle avait résolu de le calmer en lui déposant trois bons salaires de fringues sur les épaules ; non qu'il fût particulièrement coquet, mais ces étoffes à patronymes japonais qui vous faisaient comme une peau sur la peau, ça l'apaisait, Titus.



Daniel Pennac, Monsieur Malaussène, Gallimard, 1995.

Annexe :
Le roman fait parti de la Saga Malaussène, suite de six romans, depuis Au bonheur des ogres (1985) à Aux fruits de la passion (1999).
Le héros de la sage, Benjamin Malaussène a fait l'objet d'un ouvrage signé Nicolas Lozzi, Les Nombreuses vies de Malaussène, aux éditions Les moutons électriques (collection la bibliothèque rouge, collection célébrant les grandes figures de la littérature populaire).

Couverture de Letizia Goffi

dimanche 3 avril 2011

absinthe. page 13. Blasons d'un corps masculin

" Il y avait donc d'abord une douceur de laine, au moment où elle caressait le lobe, puis le piquant barbelé des poils raides, et enfin, quand elle se mettait à lécher le conduit, l'amertume.
Elle laissait fondre patiemment sur sa langue, les petits morceaux, caustiques, de cérumen. Leur goût, jaune d'absinthe, pointu et âpre comme la gentiane, toute la soirée la faisait saliver. Mais l'aigreur goûtée dans l'oreille, elle l'appréciait comme une bière ou une liqueur âcre et mordante.

D'ailleurs, la cartilage a une consistance d'olive verte."

Régine Detambel, Blasons d'un corps masculin, via voltaire, 1996.


Annexes :
Régine Detambel (1963) : le site de l'écrivain
Le texte est disponible au format numérique sur le site publie.net
La revue Le matricule des anges lui a consacré un dossier dont
l'entretien est disponible sur leur site (n°17, 1996).


jeudi 3 mars 2011

absinthe. page 189. Là-bas

Il alluma sa lanterne et, en descendant l'escalier, comme Durtal se plaignait du froid, des Hermies se mit à rire : " Si ta famille avait connu les secrets magiques des plantes, tu ne grelotterais pas ainsi, fit-il. L'on apprenait, en effet, au XVI° siècle, qu'un enfant pouvait n'avoir ni chaud, ni froid, pendant toute sa vie, si on lui avait frotté les mains avec du jus d'absinthe, avant que la douzième année de sa vie se fût écoulée. C'est, tu le vois, une recette parfumée, moins dangereuse que celles dont abuse le chanoine Docre. "

Joris-Karl Huysmans, Là-bas, Livre de Poche, 1966.


Joris-Karl Huysmans (1848-1907)


vendredi 4 février 2011

absinthe. page 315. Texaco

"L'En-ville a des odeurs de graisses que l'on met aux fenêtres, des odeurs de serrures et de clés, des odeurs d'encre vieillie dans du papier et des odeurs de chaises. Elle sent la boue, elle sent la tôle, la maçonnerie qui sèche, elle sent la toile et le carton et l'odeur des monnaies qui s'élèvent des tiroirs, elle sent les solitudes et les marchandises folles qui amènent avec elles des fragrances de mondes loin. Elle sent l'eau de café et la farine dorée, le Cinzano des fêtes et l'absinthe matinale, elle sent la vie qui s'exhale des marchés du samedi et la mort des écailles sur les rives du canal, elle aspire l'odeur des dalots immobiles où de gros crabes mâchent des oeufs de moustiques..."

Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard, 1992.


Annexe
Patrick Chamoiseau (1953) fait notamment parti des neuf intellectuels antillais signatèrent en 2009, du Manifeste pour les "produits" de haute nécessité", avec Edouard Glissant dont on a appris le décès hier.
Sur le site auteurs.contemporain.info, une page est consacrée à Patrick Chamoiseau ; mais la bibliographie s'y arrête en 2007.

samedi 1 janvier 2011

absinthe. page 137. L'ogre

"En fait je m'appelle Denise. Mais mon père m'aimait comme un fou. Il buvait, mon père. Il était couvreur. C'était à Fribourg, avant la guerre. Il me prenait sur son vélo, on allait faire des tours à la campagne, on s'arrêtait dans les cafés, il rebuvait des pommes, des absinthes, on avait de l'absinthe comme on voulait, en ce temps-là. Mon père m'appelait sa bête à bon dieu, sa pernette, il disait en riant à ses copains que j'étais son seul amour, sa consolation et sa grâce."


Jacques Chessex, L'ogre, Grasset, 1973.




Jacques Chessex (1934-2009) était un écrivain suisse de langue française. Il fut également peintre.

mercredi 1 décembre 2010

absinthe. page 131. Pietr-le-letton

Or, il se ravisa, reprit sa marche le long du trottoir et brusquement, pressant le pas, s'engagea dans la rue Washington.
Il y a là un bistrot comme on en trouve au coeur des quartiers les plus riches, destinés aux chauffeurs de taxis et aux gens de maison.
Pietr y pénétra. Le commissaire entra derrière lui, juste au moment où il commandait une imitation d'absinthe.
Il était debout devant le bar en fer à cheval qu'un garçon en tablier bleu épongeait de temps en temps d'un torchon sale.

Georges Simenon, Pietr-le-letton, Le livre de poche, 1970.

Infos et liens
Le livre est paru en 1931 chez Fayard. C'est un Maigret, mais ça vous l'aviez deviné.

Précisons que ce livre est son tout premier Maigret écrit sous patronyme. C'est le cinquième Maigret en librairie, mais le tout premier « Maigret-Simenon » à être présenté au public, sous forme de feuilleton dans « Ric et Rac » (juillet-août 1930)


Le Centre d'études Georges Simenon et le Fonds Simenon de l'Université de Liège
Tout Simenon

lundi 1 novembre 2010

absinthe. page 374. Manhattan transfer

Ils étaient arrivés devant une porte en sous-sol, obscure, protégée par un grillage serré : " Essayons.
- Est-ce que ça a sonné ?
- Je crois que oui. "
La porte intérieure s'ouvrit et une jeune fille en tablier rose les examina.
" Bonsoir, mademoiselle.
- Ah ! Bonsoir, monsieur, dame. "
Elle les introduisit dans un vestibule éclairé au gaz et qui sentait la cuisine. Des pardessus, des chapeaux, des cache-nez y étaient pendus. A travers les tentures de la porte, le restaurant leur soufflait à la face une haleine chaude de pain, de cocktails, de friture, de parfums, de bâtons de rouge, de bruit de voix.
"Je reconnais l'odeur d'absinthe... dit Ellen. Dis, prenons une bonne cuite ce soir.

John Dos Passos, Manhattan transfer, Le livre de poche, 1968.
(traduction Maurice-Edgar Coindreau)

Infos
Le livre est paru aux Etats-Unis en 1925 ; en France en 1928, publié par Gallimard.
Un prix porte le nom de Dos Passos depuis 1980, et est décerné par l'université de Longwood (état de Virginie). Page du
Dos Passos Prize for Literature.

vendredi 1 octobre 2010

absinthe. page 22. L'hôtel du nord

Lecouvreur avait noué un tablier bleu sur son ventre, retroussé ses manches de chemise, enfoncé sa casquette sur les yeux pour en imposer davantage. M. Goutay, près du comptoir, le mettait au courant. Ils inventoriaient les apéritifs : l'amourette, le junod, l'anis del oso qui remplacent l'absinthe d'avant-guerre ; le byrrh, le quinquina, le dubonnet, boissons inoffensives ; le vermouth, l'amer, le cinzano, et tant d'autres flacons dont l'éclat bariolé amusait l'oeil avant de tenter la soif.
Quittances en main, M. Goutay donnait des adresses de fournisseurs ; puis dans un verre à apéritif, avec de l'eau, il indiquait la proportion des "mélanges" ainsi que la façon de faire un "faux col", c'est-à-dire de ne pas remplir le verre jusqu'aux bords.

Eugène Dabit, L'hôtel du nord, Le livre de poche, 1959.

Un voyage en URSS qui se termine mal
En 1936, en pleine euphorie du Front Populaire en France, l’Union Soviétique reste un modèle politique, économique et social pour ces écrivains antifascistes. De nombreux écrivains font le voyage : André Gide, Louis Guilloux, Pierre Herbart, Jef Last et l'éditeur Jacques Schiffrin. Eugène Dabit en est aussi. Mais lui ne reviendra pas, emporté par la scarlatine, le 21 août 1936, à Sébastopol. Il allait avoir 38 ans.