dimanche 16 mai 2021

absinthe. Tchernobyl mon amour

 

 

Chantal Montellier, Tchernobyl mon amour, Actes Sud BD, 2006

 

Renaud Monfourny

 Chantal Montellier (1947)

site de l'auteure

Pour la promotion de la bande dessinée féminine

(photo : Renaud Monfourny, 2013)

jeudi 11 mars 2021

Les Enquêtes de Victor Legris

Compte-tenu que les aventures du libraire-photographe Victor Legris et de Joseph Pignot, son commis-feuillonniste, se déroulent dans les années 1890, il n'est pas étonnant que dans chaque volume, l'absinthe apparaisse.

 10-18 • Création et réalisation de la brochure

Douze aventures, mis je n'ai pas encore tout lu.

  • Mystère rue des Saints-Pères (10/18 en 2003)
  • La Disparue du Père-Lachaise (10/18 en 2003
  • Le Carrefour des Écrasés (10/18 en 2003)
  • Le Secret des Enfants-Rouges (10/18 en 2004)
  • Le Léopard des Batignolles (10/18 en 2005)
  • Le Talisman de la Villette (10/18 en 2006)
  • Rendez-vous Passage d’Enfer (10/18 en 2008)
  • La Momie de la Butte-Aux-Cailles (10/18 en 2009)
  • Le Petit Homme de l’Opéra (10/18 en 2010)
  • Les Souliers bruns du quai Voltaire (10/18 en 2011)
  • Minuit, impasse du Cadran (10/18 en 2012)
  • Le Dragon du Trocadéro (10/18 en 2014)

 

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- volume n°1 : à la page 59 ("Que veut l'homme de la rue ? Du sensationnel qui le prenne aux tripes, de la vulgarisation scientifique qui lui donne l'illusion d'être savant, des feuilletons découpés en épisodes qui le fassent rêver à l'heure de l'absinthe, des réclames qui lui chatouillent le nerf olfactif").

- volume n°2 : aux pages 64 ("Ferdinand, tu devrais pas toucher à la verte, ça vous bouffe de l'intérieur, cette saleté-là, et on peut plus s'en passer, jusqu'à ce qu'on devienne maboul") et 162 ("Les becs de gaz du boulevard Saint-michel éclairaient de leur lumière ambrée une foule affairée d'étudiants sans le sou, de professeurs sans élèves, de bohèmes de tout poil dérivant vers les terrasses des cafés où régnait la déesse du rêve et de l'oubli, l'absinthe").

- volume n°3 : à la page 83 ("Il déambula le long des cafés où les artistes et les noceurs célébraient une commune victoire sur l'ennui à grands renforts de bière et d'absinthe").
 
- volume n°4 : aux pages 76 ("Monsieur le photographe, t'as l'estomac vide... tu veux un remontant ? Une lampée d'absinthe de Pontarlier ?"), 156 ("C'était l'heure où la fée verte effaçait les détresses en distillant son venin dans le sang de ses fidèles") et 223 ("Il ne put résister à l'envie d'acheter deux saucisses à une grosse femme moustachue qui insista pour lui verser une lampée d'absinthe de Pontarlier").
 
- volume n°5 : à la page 49 ("Les buveurs d'absinthe filtraient leur potion magique, versant goutte à goutte dans leur verre le poison sur un sucre placé au creux d'une cuiller percée de trous").

mardi 1 décembre 2020

absinthe. page 38. Les corps brisés

Alexandre Ladoux badge. Il actionne une porte blindée, au chambranle métallique. Bruit d'ouverture automatique. Puis, clac feutré. L'aide-soignant n'est pas bavard. Sarah se laisse bercer par le silence, ponctué par le bruit de succion de ses chaussures en plastique sur le linoléum vert.

Autour d'eux, des murs de béton. A mesure qu'ils s'éloignent de l'entrée, les lieux changent. Les distances à parcourir semblent interminables. Peut-être cette impression est-elle due à la lumière des néons, à la couleur uniforme du linoléum vert lichen, des murs absinthe.

Le dédale de couloirs s'achève sur une nouvelle porte, immense et noire. Sarah remarque son aspect lugubre :

- On n'a pas rendez-vous là-dedans, j'espère ?

- Non.

Elsa Marpeau, Les corps brisés, série noire Gallimard, 2017.

 


(1975)

Romancière et scénariste.

dimanche 3 mai 2020

absinthe. page 179. L'homme aux lèvres de saphir

Isidore est attablé près d'un poêle, le cou et le bas de la figure mangés par une grosse écharpe bleue. Il relit, un crayon à la main, une liasse de feuilles noircies d'écriture.
- Henri ! Quelle surprise ! Comment vas-tu ? Cette blessure ...?
Ils s'embrassent par-dessus la table. Comme Pujols s'attarde un peu dans le cou du poète, Isidore le repousse doucement et zyeute en douce du côté du comptoir, où un serveur cause à mi-voix avec un client.
 - Tu prends quelque chose ? Je suis en fonds. Monsieur Darasse m'a versé hier l'obole de mon père. Je vais pouvoir porter mes deux premières parties à  l'imprimeur.
Pujols fait un signe au garçon et lui commande une absinthe.
- C'est ton traité du renoncement que tu veux faire imprimer ? Tu persistes à te déclarer vaincu sans avoir livré bataille ?
Isidore secoue la tête et range ses feuillets dans sa chemise en carton.
- Nous en avons déjà parlé d'abondance. Nous ne tomberons pas d'accord là-dessus. A quoi bon ?
On apporte l'absinthe, et Pujols s'absorbe un moment dans le filtrage méticuleux de la liqueur à travers le morceau de sucre.


Hervé Le Corre, L'homme aux lèvres de saphir, Rivages/Noir, 2004.





Hervé Le Corre (1955)

Ouvrages publiés à la Série Noire, et depuis Cet homme aux lèvres de saphir, chez Rivages.
ps : Isidore, c'est bien sûr, le comte de Lautréamont !

mercredi 1 avril 2020

absinthe. page 147. Louise Michel la canaque

Ramassé sur son encolure, cravachant sans trêve, le surveillant n'ose même pas lâcher quelques secondes les rênes pour éponger la sueur qui poisse sous la visière de son képi. A chaque instant, une sagaie ou une hache de jade vert risque de fuser d'entre les niaoulis silencieux, appesantis sous la chape solaire. Ou une balle, puisqu'il paraît qu'ils ont des fusils, à présent ? Nouvelle aussi incroyable que d'apprendre : ils montent à cheval. Le froissement d'un oiseau qui s'envole, le cri d'un grillon ou d'un rat d'eau glace le coeur de l'homme ; arriver à Teremba, y arriver coûte que coûte ! Voici le clocher de l'église où la dévote madame Agnès va entendre la grand-messe chaque dimanche. Et où le gouverneur, ami des francs-maçons, refuse de pénétrer. Voici le bâtiment officiel où l'on accueille les délégations indigènes, ses murs de torchis rouge et son toit fleuri, sur la baie d'Ourail.
Et voici le poste à double enceinte :
- Le lieutenant Vanauld, vite, vite !
Il a bousculé le factionnaire, il bondit dans le bureau du chef d'arrondissement, gradé encore jeune, plongé dans un livre de mathématiques. Derrière lui, deux sabres en panoplie ; devant lui, un flacon d'absinthe. Il n'en offrira pas au courrier après l'avoir écouté.
- Réunion immédiate des sous-officiers.



Françoise d'Eaubonne, Louise Michel la canaque, Encre, 1985.



Françoise d'Eaubonne (1920-2005)

Fille de militants anarcho-syndicalistes, Françoise d'Eaubonne fut résistante à Toulouse, membre du Parti communiste jusqu'en 1957 et signataire du Manifeste des 121 contre la guerre d'Algérie. Proche de Violette Leduc, de Nathalie Sarraute, de Simone de Beauvoir, elle devint membre de mouvements féministes dès les années soixante : signataire du manifeste des 343 salopes, cofondatrice du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) en 1971, secrétaire de rédaction au Fléau social (1971) et à L'Internationale (1977), membre du Mouvement de libération des femmes, Françoise d'Eaubonne a publié de nombreux essais féministes, ainsi que des romans et des biographies (sur Germaine de Staël, Verlaine, Rimbaud, Balzac, Chopin, Liszt, Emily Brontë, Isabelle Eberhardt, Jiang Quing, Louise Michel).
Elle a déposé ses archives auprès de l'IMEC.

dimanche 22 mars 2020

absinthe. Les arts viscéraux

RYTHME !
Arrache ma langue !
Change-la en lumière en cravache
En knouts baveux
Plonge-la dans tes mississipiques
Ne l'en ressors que battante
                fouettante
                nuitamment inondante
Dans l'alcool noie-la
Dans l'absinthe
Sans cascades
Celle des fous de malheur
Des femmes aux lèvres mortes
Rends-moi ma langue
Entre mes dents plante-la
Serre
Visse
Amour de langue
Langue énergumène
Démente mouillée écarlate
Bannière d'époumonement
Mère de mes chants
d'enfant sauvage


C'est un extrait du livre Les arts viscéraux, publié par Christian Bourgois en 1975, et republié par L'Éther Vague en 1994 (cette dernière maison d'édition n'existant plus).



C'est dans une anthologie de poésie que j'ai découvert ce texte, et cet écrivain.





Marcel Moreau (1933)
Photo : J.-C. Leroy (site tiensetc.org)

jeudi 13 février 2020

absinthe. page 126. Dans la dèche à Paris et à Londres

Une vingtaine de personnes s'entassaient dans la petite salle carrelée envahie par la fumée du tabac. Le bruit était assourdissant, car chacun s'égosillait pour se faire entendre ou s'évertuait à pousser la goualante. On n'entendait, durant un certain temps, qu'un brouhaha indistinct, puis tout à coup les voix s'unissaient pour entonner un refrain connu - La Marseillaise, L'Internationale, La Madelon ou Les Fraises et les framboises. Azaya une grosse paysanne lourdasse qui travaillait quatorze heures par jour dans une verrerie, chantait quelque chose comme "Il a perdu ses pantalons, tout en dansant le charleston". Et son amie Marinette, une petite Corse noiraude farouchement attachée à sa vertu, entamait une danse du ventre, les genoux obstinément serrés. Les époux Rougier allaient et venaient, essayant de resquiller un verre et de placer une histoire longue et embrouillée à propos d'un lit qu'on leur avait volé un jour. R..., cadavérique et muet, restait dans son coin à s'imbiber méthodiquement. Charlie, fin saoul, évoluait à travers la salle d'un pas moitié dansant moitié titubant, un verre de pseudo-absinthe dans sa main grasse, pinçant la poitrine de femmes et déclamant de la poésie.

George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, 10/18, 2001.
(traduit de l'anglais par Michel Pétris)




George Orwell (1903-1950)

C'est entre 1927 et 1930 que celui qui s'appelle encore Eric Blair explore les bas-fonds londoniens et vit à Paris (pour y écrire).
Le livre est paru en 1933 sous le nom de George Orwell.
(première traduction française sous le titre La vache enragée en 1935 aux éditions Gallimard).

dimanche 19 mai 2019

absinthe. page 39. Amère volupté

Spoon est rentré au moment où je me démaquillais de retour de mon travail. J'étais en train d'enlever mes faux cils semblables à des ailes. Il vocifère en se cognant violemment contre tous les objets qu'il rencontre.
Il est ivre.
Je me lève du lit pour aller lui chercher un grand verre d'eau. Je précise que je ne le faisais pas pour manifester quelque tendre compréhension à l'égard de l'ivrogne qui perturbait ma vie. Je savais déjà parfaitement ce que pouvait être la vie avec Spoon.
- Bois ça. Dépêche-toi de te dessaouler.
Son blouson de cuir dégage une odeur de gin et d'absinthe bon marché qui pique mon nez.
- Qu'est-ce que tu pues, Spoon.
- Oh, ta gueule, sale garce !
 M'arrachant le verre de la main, il le jette brutalement par terre. Un morceau de verre, en rebondissant, blesse ma joue. Il hurle en m'étranglant.
- T'as dit que je puais. Dis-le, comment je schlingue, hein. Allez, dis voir !
- Je vais te le dire... Lâche-moi... Tu veux me tuer ou quoi ?

Eimi Yamada, Amère volupté, Picquier, 1992.
(traduit du japonais par Jacques Lévy)



YAMADA Eimi (1959)

Malheureusement trop peu (quatre nouvelles) de textes traduits en français...