mardi 24 juillet 2012

absinthe. page 604. Mort à crédit

"Son rêve Popaul, c'était l'absinthe ; sa mercière, elle lui en versait un petit apéro chaque fois qu'il rentrait et qu'il avait bien liquidé. Ça lui donnait du courage. Il fumait du tabac de la troupe, on en faisait nos cigarettes nous-mêmes en papier journaux... Ça le dégoutait pas de sucer, il était cochon. Tous les hommes qu'on rencontrait dans la rue, on pariait ensemble comment qu'ils devaient l'avoir grosse. Ma mère pouvait pas quitter derrière son fourbi, surtout dans un quartier pareil. Je me débinais de plus ne plus..."


Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit, Gallimard (La Pléiade), 1988.


Les éditions Frémeaux ont publié il y a quelques années un double CD - Anthologie Céline - avec Céline, Michel Simon, Arletty, Pierre Brasseur, Albert Zbinden et Louis Pauwells, lisant des extraits de Mort à crédit et de Voyage au bout de la nuit.
écouter ICI Arletty lisant un extrait du roman Mort à crédit.

jeudi 5 avril 2012

absinthe. page 20. Sous le volcan

"Il fallait très attentivement tendre l'oreille comme faisait à présent M. Laruelle pour pouvoir distinguer une faible rumeur confuse - audible au milieu des infimes chuchotements et tintinnabulements des pénitents, avec quoi pourtant elle se confondait - tenant du chant en ses creux et ses vagues, qu'accompagnait un martèlement régulier - les cris et les pétards de la fiesta en plein boom depuis l'aube.
M. Laruelle se versa un nouvel anis. Cela lui rappelait l'absinthe et c'est pourquoi il en buvait. Son visage était devenu singulièrement cramoisi cependant qu'un léger frisson agitait sa main plaquée contre la bouteille dont l'étiquette libéra un bondissant démon rubicond lui brandissant une fourche menaçante sous le nez."

Malcolm Lowry, Sous le volcan, Grasset, 1987.
(traduit de l'anglais par Jacques Darras)




















Malcolm Lowry (1909-1957), écrivain anglais
mit en chantier Under the Volcano dès 1936
le livre sera publié en 1947.

jeudi 19 janvier 2012

absinthe. page 76. La reine de la nuit

Marie-Josée a pris une assiette de raisins sur une table, avant de m'entraîner à l'écart. Un garçon barbu, vêtu d'un caleçon, s'est approché d'elle. Ils se sont retirés pour chuchoter, en me regardant de travers. 
Assise sur un banc, j'ai mangé une poignée de raisins. Elle est revenue s'asseoir à côté de moi. "Si vous désirez enlever vos vêtements, a-t-elle suggéré, faites donc." J'ai reniflé. "Vous désapprouvez cette odeur ?" 
- Ça sent comme une locomotive. 
- C'est du kif, vous voulez en fumer ? 
- Non. 
- Que voulez-vous ? 
- Simplement rester assisse à côté de vous. 
Ses yeux absinthe se sont à nouveau illuminés. Quelle merveille ! Sa compagnie m'électrisait ! 
 

Marc Behm, La Reine de la nuit, Crapule, 1989 ; Rivages/Noir, 1992.

(traduction Nathalie Godard) 


Marc Behm (1925-2007) 
Acteur, puis scénariste et enfin la cinquantaine venue romancier. 
Ses romans noirs sont publiés notamment chez Rivages/Noir
 
Annexes : 
- on apprend tardivement sa mort à libé (article de Sabrina Champenois, plus de trois mois après son décès !) 
- son CV et sa bibliographie sur le site de l'agent Catherine Winckelmuller - 1 livre 1 jour (Olivier Barrot) à propos de Trouille publié en 1993 
- Marc Behm raconte les origines de Mortelle Randonnée, d'abord scénario puis roman, puis adaptation au cinéma par Michel et Jacques Audiard pour Claude Miller (extraits de Carnets noirs, tome 2, La Huit Production, réalisation d'Olivier Bourbeillon) 
- sa carrière sur le site 13eme rue

vendredi 7 octobre 2011

absinthe. page 93. Raconte pas ta vie

D'autorité, il me charcute. Sans anesthésie. Même pas locale. Cette espèce de dingue m'enfonce son scalpel dans l'aine. Je pousse un hurlement d'égorgé. La lame ne coupe pas la chair, elle la déchire, l'arrache à contre-fil. Je tombe dans les pommes. Tout cela sous les yeux intéressés du commandant de l'hôpital, un vieux à l'air bonasse dont j'apprendrai qu'ayant abusé d'absinthe, il a perdu sa clientèle et n'a pu trouver d'emploi ailleurs que dans l'armée. C'était, paraît-il, un excellent chirurgien. Pour l'instant, ça me fait une belle jambe.

Marcel Duhamel, Raconte pas ta vie, Mercure de France, 1972.







Marcel Duhamel (1900-1977)
En lisant ces souvenirs, on se rend compte que celui-ci a été bien plus que l'inventeur de vous savez quoi. Membre du Groupe Octobre, acteur, comédien, sans parler de ces autres carrières moins artistiques dans hostellerie notamment ou encore membre d'une communauté habitant rue du château et qu'il évoque dans ce document vidéo.

samedi 3 septembre 2011

absinthe. page 246. La moisson d'hiver

" Il avait beau être grand buveur et savoir tenir la dose, il ne pouvait pas durer bien longtemps avec ce qu'il s'envoyait, des poisons frelatés, du vitriol d'alambic à vous dissoudre le cerveau comme un sucre dans de la tisane bouillante. De la gnôle comme ça, on en refilait aux soldats, en 14, pour les engourdir au moment de sortir de la tranchée. L'absinthe pure, à côté, c'était du sirop d'orgeat. "



Serge Brussolo, La moisson d'hiver, Denoël, 1995.


Annexes
Serge Brussolo (1951)
sur l'auteur : un site officiel et un non-officiel

mercredi 8 juin 2011

absinthe. page 11. Histoire d'eaux

" La nausée reprit Sentinelle. Son petit déjeuner, un mélange de café et d'absinthe, remonta si vite qu'il lui heurta le palais et les dents. Il serra fortement les lèvres et ravala les remugles. Il avait, pour cette fois, sauvé sa chemise des traînées de bave sucrée et verdâtre. Son corps était rouillé. Il n'avait jamais été capable du moindre effort physique. Seule la difficulté de trouver un fiacre, couplée à son impécuniosité, l'incitait, chaque matin, à marcher de son domicile jusqu'au Jardin zoologique. "

Janvier 1910, crue de la Seine


Emmanuel Pierrat, Histoire d'eaux, Pocket, 2004.


Annexe :
L'auteur, avocat et écrivain, est aussi éditeur (Éditions Cartouche). Histoire d'eaux (Dilettante, 2002) était son premier essai comme romancier.

jeudi 5 mai 2011

absinthe. page 172. Monsieur Malaussène

Elle alla chercher deux verres, et le rhum, et le citron, et la glace, et l'absinthe, et le papier à cigarettes, et le dodu carré de shit, son "p'tit bout de chocolat".
Sorti tout fumant de la douche, Titus déclara :
-
Il faut jeter ça.
Il désignait les vêtements sanglants, morts en tas sur le parquet.
-
Tout de suite, et on va faire dans le soyeux, tu veux ?
Elle avait résolu de le calmer en lui déposant trois bons salaires de fringues sur les épaules ; non qu'il fût particulièrement coquet, mais ces étoffes à patronymes japonais qui vous faisaient comme une peau sur la peau, ça l'apaisait, Titus.



Daniel Pennac, Monsieur Malaussène, Gallimard, 1995.

Annexe :
Le roman fait parti de la Saga Malaussène, suite de six romans, depuis Au bonheur des ogres (1985) à Aux fruits de la passion (1999).
Le héros de la sage, Benjamin Malaussène a fait l'objet d'un ouvrage signé Nicolas Lozzi, Les Nombreuses vies de Malaussène, aux éditions Les moutons électriques (collection la bibliothèque rouge, collection célébrant les grandes figures de la littérature populaire).

Couverture de Letizia Goffi

dimanche 3 avril 2011

absinthe. page 13. Blasons d'un corps masculin

" Il y avait donc d'abord une douceur de laine, au moment où elle caressait le lobe, puis le piquant barbelé des poils raides, et enfin, quand elle se mettait à lécher le conduit, l'amertume.
Elle laissait fondre patiemment sur sa langue, les petits morceaux, caustiques, de cérumen. Leur goût, jaune d'absinthe, pointu et âpre comme la gentiane, toute la soirée la faisait saliver. Mais l'aigreur goûtée dans l'oreille, elle l'appréciait comme une bière ou une liqueur âcre et mordante.

D'ailleurs, la cartilage a une consistance d'olive verte."

Régine Detambel, Blasons d'un corps masculin, via voltaire, 1996.


Annexes :
Régine Detambel (1963) : le site de l'écrivain
Le texte est disponible au format numérique sur le site publie.net
La revue Le matricule des anges lui a consacré un dossier dont
l'entretien est disponible sur leur site (n°17, 1996).